Polluante par les déchets qu’elle génère, abusive vis-à-vis des espèces animales… L’industrie de la mode est souvent pointée du doigt comme la « mauvaise élève » d’un monde militant pour le respect de l’environnement. Pourtant, un éveil a bel et bien lieu chez les amateurs et consommateurs de produits de luxe. Les grands acteurs de l’industrie de la mode sont bien obligés de suivre cette tendance… Ils se rendent aujourd’hui compte que ce nouvel état d’esprit de leur clientèle représente en fait une belle opportunité de se réinventer.

La nouvelle était tombée comme un couperet fin 2018. En décembre de cette année-là, Chanel avait annoncé renoncer à proposer des articles en cuir exotique, notamment les chaussures en peau de serpents, sacs en crocodile, lézard ou autre reptile. « Il est de plus en plus difficile de se procurer des peaux exotiques correspondant à nos exigences en matière éthique », avait déclaré la célèbre marque de luxe française. Il est indéniable que le cuir exotique est souvent montré du doigt par les défenseurs du bien-être animal et de l’environnement en général, notamment quand il s’agit de cuirs provenant de peaux de reptiles chassés pour leur écailles, ou élevés dans des fermes dans des conditions qui peuvent laisser à désirer.

Dans un communiqué de presse, la maison Chanel avait donc affirmé qu’elle n’utiliserait plus ce type de peaux dans ses futures créations, alors même que « nous recevons de nombreuses commandes de ces sacs », avait précisé le président des Activités Mode de la marque, Bruno Pavlovsky, dans un entretien au Figaro.

Et en effet, les cuirs exotiques ont leurs adeptes. Mais que les amoureux de ces peaux sublimes et surprenantes se rassurent, il existe une magnifique alternative : le cuir marin. Une matière qui s’inscrit pleinement dans l’évolution du luxe vers le développement durable.

Le cuir marin, nouvelle tendance de la mode éthique

Le cuir marin, ou cuir de poisson, fait d’ores et déjà parler de lui dans l’univers de la mode.

En septembre 2019, au cours de la Fashion Week de Paris, Courrèges a présenté une collection Printemps Eté 2020 axée sur le thème de la protection de l’environnement, dans le cadre de l’initiative  « Fin du Plastique » lancée par cette marque emblématique des années 60 : à l’époque, elle bouleversait déjà les règles de la mode, avec ses minijupes, ses bottes iconiques et son utilisation originale du vinyle. Près de six décennies plus tard, on a pu admirer sur le podium de Courrège des créations réalisées en cuir de poisson, dont par exemple une veste en cuir de pirarucu créée en partenariat avec Instituto-e –, une ONG brésilienne qui œuvre pour la protection de l’environnement et le respect des artisans locaux. Pêché dans les lacs et rivières d’Amazonie, le pirarucu est l’un des plus gros poissons d’eau douce qui existent. Il constitue non seulement une base importante de l’alimentation locale, mais il est également utilisé comme une belle alternative au cuir exotique : son étrange et mystérieuse texture est utilisée pour façonner des cols, manteaux et pardessus, ou des shorts et des pantalons.

La mode éthique, entre prise de conscience et effet d’annonce

Depuis plusieurs mois, les grands acteurs de la mode semblent ainsi montrer une prise de conscience de l’impact de leur industrie sur l’environnement. Les sceptiques les accusent bien sûr de prendre en marche le train du développement durable, et de jouer sur les « effets d’annonce ». Mais quelles que soient leurs motivations, on ne peut que se réjouir de ces initiatives lancées par plusieurs marques exprimant une volonté de préserver la planète.

Le groupe LVMH lui-même a fait un pas en avant. Conseillère de Bernard Arnault, la créatrice Stella McCartney a ainsi déclaré en octobre dernier que “le monde appelle au changement et il est de notre devoir d’agir maintenant”. Stella McCartney, considérée comme l’un des fers de lance de la mode éthique, n’a jamais dans ses collections utilisé de fourrure ni de produit d’origine animale quel qu’il soit (colle, plume etc).

Autre acteur de l’industrie particulièrement en éveil vis-à-vis de la protection de l’environnement : Kering, qui a pour sa part annoncé être d’ores et déjà neutre en carbone. Concurrent de LVMH, Kering, qui détient notamment Gucci, Yves Saint Laurent et Alexander McQueen, prévoit aussi de réduire de 50% d’ici cinq ans les émissions de gaz à effet de serre générés par sa chaîne d’approvisionnement. Le luxe responsable est définitivement en marche.